11 Mar Réussir son Carême ?
Je me suis posée la question : est-ce que dans notre société de performance et de réussite, n’y aurait-il pas aussi la tentation de réussir son Carême ?
Le Carême qui était tombé en désuétude, même dans les milieux catholiques, a de nouveau la cote si je puis dire, et ceci surtout depuis l’essor des semaines de jeûne. La tendance aujourd’hui est de promouvoir le bien-être, le ressourcement, la zénitude et l’engouement pour les semaines de jeûne pourrait receler une petite note de développement personnel. Je me demande dans quelle mesure, même le Carême, serait susceptible d’être récupéré dans cette mouvance.
Car en fait, dans notre société de surabondance, se priver un peu ne peut faire que du bien, du bien à soi surtout – il n’y a d’ailleurs pas de mal à se faire du bien – et c’est une aubaine pour se motiver à moins manger.
Néanmoins, je sais que les semaines de jeûne ne se font pas dans cet esprit et que la prière et le partage y tiennent une place prépondérante. Toutefois, j’interroge cette pratique et d’autres formes de jeûnes en regard de la réussite et de la satisfaction qu’elles risqueraient d’engendrer. Mon souci est plutôt que le sens du Carême en soit détourné ou masqué.
Pour rappel l’étymologie de Carême, signifie quarantième jour et par extension quarante jours avant Pâques pour les chrétiens. Temps pour se préparer à Pâques, temps de désert en référence au séjour que Jésus y fit et sa résistance aux tentations de nourriture, de puissance, de pouvoir. En fait on en a surtout retenu la privation alimentaire, jeûner, ne pas manger de viande… et, par extension, réussir son Carême se résumerait à parvenir à se priver de chocolat, de jeux vidéos, à vivre une belle semaine de jeûne, à prier plus etc…
À mon avis, il ne s’agit pas tant d’être capable de résister à la tentation que de se reconnaître simplement faible, faillible, vulnérable, déprimé… bref, oser regarder ses côtés sombres avec bienveillance et c’est comme cela que j’entends le psaume 51, 17 :
« Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit brisé : O Dieu! tu ne dédaignes pas un coeur brisé et contrit. »
Puis, l’essentiel est de nous tourner vers nos frères et sœurs en humanité avec l’injonction du prophète Isaïe 58, 6 :
« Voici le jeûne auquel je prends plaisir : détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libre les opprimés, et que l’on rompe tout espèce de joug. »
Un engagement sur la durée au sein duquel la réussite a peu de place.
Florence Mugny 078 632 26 17
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